Enquête de RevolvAir.org. Informations vérifiées le 1er avril 2026.
Pourquoi?
Le constat est brutal: le Québec continue d’empêcher la publication publique de ses observations de qualité de l’air dans le format normalisé de la cote air santé (CAS, ou AQHI en anglais) utilisé ailleurs au Canada. Les prévisions CAS du Québec existent bel et bien dans les systèmes d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC), mais pas les observations courantes. Le résultat, pour le public, est absurde: on peut voir le futur, mais pas le présent.
Ce n’est ni une rumeur ni un simple bogue informatique. C’est écrit noir sur blanc dans la documentation officielle d’ECCC. Et au moment où RevolvAir.org a vérifié ces informations, le 1er avril 2026, tout concordait encore: la note officielle, les pages publiques et les répertoires de données.
Ce qu’ECCC écrit noir sur blanc
La phrase la plus importante de toute cette affaire se trouve dans la documentation ouverte d’ECCC sur la cote air santé:
On y lit que les juridictions provinciales contrôlent la manière dont les observations sont communiquées au public, puis cette phrase sans ambiguïté:
Le Québec n’a pas autorisé la publication des données de qualité de l’air sous la forme de côte air santé (CAS).

Sources :
- Documentation XML: https://eccc-msc.github.io/open-data/msc-data/aqhi/readme_aqhi-datamartxml_fr/
- Documentation CSV: https://eccc-msc.github.io/open-data/msc-data/aqhi/readme_aqhi-datamartcsv_fr/
Autrement dit, l’absence de données observées en CAS pour le Québec n’est pas présentée comme un incident technique. ECCC l’explique comme une non-autorisation.
Cette mention n’est d’ailleurs pas nouvelle. Elle est publiquement traçable au moins jusqu’au 20 juin 2019 dans l’historique Git du dépôt public d’ECCC-MSC:
Ce qui en fait une nouvelle au 1er avril 2026, ce n’est pas l’apparition d’une politique inédite. C’est le fait que cette exception québécoise est toujours là, toujours active, et toujours visible dans les systèmes publics.
Ce que voit réellement le public
Pour une personne ordinaire, le problème apparaît immédiatement sur les pages publiques d’ECCC consacrées au Québec.
Page pour Québec:
Au moment de notre vérification, cette page affichait:
Conditions observéesConditions actuelles non calculées

Le résumé provincial racontait exactement la même histoire:

Gatineau, Montréal et Québec y apparaissaient avec des observations non calculées, alors que les prévisions maximales étaient bien présentes.
Le message envoyé au public est donc profondément incohérent:
- la prévision existe;
- l’observation actuelle n’est pas publiée;
- il faut changer d’outil si l’on veut savoir ce qui se passe maintenant.
Au Québec, cela renvoie souvent le public vers d’autres indicateurs, notamment l’Indice de la qualité de l’air (IQA), qui ne correspond pas à la cote air santé utilisée ailleurs au Canada.
Le présent manque, mais le futur est là
Le cœur du problème est là.
Le Québec apparaît dans les systèmes d’ECCC pour les prévisions de la cote air santé, mais pas pour les observations courantes. En d’autres mots, la machine publique permet d’annoncer ce qui s’en vient, tout en refusant de publier l’équivalent standardisé de ce qui est observé maintenant.
Cette distinction n’est pas un détail technique. C’est un problème de compréhension pour le public. Quand un système de santé environnementale est cohérent, on peut comparer:
- l’état observé;
- la prévision;
- l’évolution entre les deux.
Ici, cette continuité est brisée.
Une exception québécoise dans un système canadien
Ailleurs au Canada, les observations CAS sont bel et bien publiées.
L’exemple de l’Alberta le montre clairement. Dans les systèmes d’ECCC, une observation CAS récente pour Calgary est disponible et servie normalement.

Pour le Québec, au contraire, le répertoire officiel des observations AQHI/CAS ne donne pas accès au flux d’observations en temps réel. Lors de notre vérification, le dossier du Québec ne montrait que monthly/, sans branche realtime/.

Et la page officielle affiche :

Le contraste est difficile à défendre publiquement:
- ailleurs, l’observation est diffusée;
- au Québec, elle ne l’est pas;
- pourtant, la prévision demeure accessible.
Pourquoi cela compte vraiment
Il ne s’agit pas d’un simple débat sur un format de fichier.
Quand les observations standardisées ne sont pas publiées, cela a des conséquences concrètes:
- le public ne peut pas lire la situation présente dans le même langage que la prévision;
- les journalistes et les organismes citoyens perdent un accès simple et comparable;
- les développeurs, chercheurs et analystes ne disposent plus d’un flux national cohérent;
- le Québec devient une exception opaque dans un système qui, ailleurs, publie ces informations.
Pour RevolvAir.org, cette question s’inscrit dans une préoccupation plus large: la manière dont on informe réellement la population sur les risques liés à la pollution de l’air.
Deux textes déjà publiés sur RevolvAir.org permettent de replacer cette affaire dans ce contexte:
- Particules fines : à quand des normes plus strictes pour protéger la population québécoise? https://revolvair.org/particules-fines-a-quand-des-normes-plus-strictes-pour-proteger-la-population-quebecoise/
- Critique de l’échelle d’indice de qualité de l’air du Québec – Pourquoi “Acceptable” n’est pas approprié pour décrire la qualité de l’air https://revolvair.org/indice-de-qualite-de-lair-du-quebec-pourquoi-acceptable-nest-pas-approprie/
Ces deux textes posent une question de fond qui revient ici avec force: comment protéger correctement la population si l’information publique elle-même reste fragmentée, édulcorée ou incomplète?
Pourquoi la CAS protège mieux la santé que l’IQA québécois
La différence entre les deux outils est fondamentale.
Au Québec, l’Indice de la qualité de l’air (IQA) classe l’air en trois niveaux seulement:
- bon;
- acceptable;
- mauvais.
Dans sa présentation publique, cela revient à trois classes très larges, souvent perçues comme trois codes visuels simples.
La Cote air santé (CAS), utilisée ailleurs au Canada, fonctionne autrement. Elle repose sur une échelle de 1 à 10+ et distingue quatre niveaux de risque pour la santé:
- faible;
- modéré;
- élevé;
- très élevé.
| Critère | IQA du Québec | CAS du Canada |
|---|---|---|
| Nombre de niveaux | 3 | 4 catégories sur une échelle de 1 à 10+ |
| Message principal | Qualité de l’air | Risque pour la santé |
| Vocabulaire utilisé | bon, acceptable, mauvais | faible, modéré, élevé, très élevé |
| Lecture du présent et du futur | Système distinct selon les outils | Observation, prévision et conseils dans le même cadre |
| Utilité pour la prévention | Moins nuancé | Plus nuancé et plus directement lié aux gestes à poser |
La CAS ajoute aussi quelque chose d’essentiel: elle réunit dans le même cadre l’observation courante, la prévision et des conseils de santé.
Autrement dit, le système québécois simplifie davantage, alors que la CAS donne plus de nuances et plus de contexte pour agir.
Cette différence compte énormément. Entre un air jugé simplement acceptable et une cote qui dit modéré, élevé ou très élevé, le message envoyé au public n’est pas le même. Le mot acceptable tend à rassurer. La CAS, elle, parle directement de risque pour la santé.
Les sources officielles vont d’ailleurs dans ce sens:
- le Gouvernement du Québec présente l’IQA comme un outil d’information pour savoir si la qualité de l’air est
bonne, acceptable ou mauvaise; - le gouvernement fédéral présente la CAS comme un outil de protection de la santé conçu pour aider la population à adapter ses activités et à limiter son exposition à court terme à la pollution de l’air.
À partir de ces sources officielles, on peut donc soutenir que la CAS est mieux adaptée à la protection de la santé publique que l’IQA québécois. Pourquoi? Parce qu’elle offre plus de niveaux, parle explicitement de risque pour la santé, relie le présent et la prévision, et fournit des messages adaptés aux personnes plus vulnérables aussi bien qu’à la population générale.
La différence est encore plus importante pour les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes vivant avec de l’asthme, une maladie cardiaque ou une maladie respiratoire. Pour ces groupes, une information plus graduée et plus directement liée au risque sanitaire n’est pas un luxe. C’est un outil de prévention.
Qui a pris cette décision?
À ce stade, les sources publiques consultées permettent d’affirmer ceci:
- À la fin de 2019, le premier ministre du Québec était François Legault.
- À la fin de 2019, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques était Benoit Charette.
- ECCC attribue la décision au Québec, en tant que juridiction provinciale;
- ECCC ne nomme pas, dans les sources publiques consultées, le ministre, le sous-ministre, la directive ou le document administratif précis à l’origine de cette non-autorisation.
Aujourd’hui, le ministère québécois responsable de ce dossier porte le nom de ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).
Les sources officielles du Gouvernement du Québec confirment ces fonctions en 2019:
- Benoit Charette devient ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques: https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/benoit-charette-devient-ministre-de-lenvironnement-et-de-la-lutte-contre-les-changements-climatiques
- François Legault est identifié comme premier ministre du Québec dans les communications officielles du gouvernement en 2019: https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/le-premier-ministre-francois-legault-souligne-le-jour-du-souvenir
Autrement dit, la responsabilité institutionnelle générale est attribuée au Québec, et les principaux responsables politiques en poste à la fin de 2019 étaient François Legault et Benoit Charette. En revanche, l’auteur politique ou administratif exact de la non-autorisation ne ressort pas clairement des documents publics consultés.
Cette opacité est en elle-même un enjeu d’intérêt public.
Ce qu’il faut demander maintenant
Si le Québec refuse encore la publication publique des observations CAS, alors plusieurs questions devraient recevoir une réponse claire:
- Quel organisme québécois a formellement refusé cette publication?
- Depuis quand cette décision est-elle en vigueur?
- Existe-t-il une directive, une entente ou une note administrative écrite?
- Pourquoi les prévisions CAS sont-elles permises, mais pas les observations?
- Pourquoi cette exception n’a-t-elle pas été expliquée publiquement de façon simple et transparente?
Conclusion
Ce dossier ne révèle pas une panne. Il révèle un choix.
Le Québec continue d’empêcher la publication publique de ses observations de qualité de l’air sous forme de cote air santé dans les systèmes ouverts d’ECCC. RevolvAir.org l’a vérifié de nouveau le 1er avril 2026. Et pour le public, le résultat demeure le même: les prévisions sont là, mais les observations normalisées du présent ne le sont pas.
On peut voir le futur, mais pas le présent.
Glossaire
ECCC: Environnement et Changement climatique Canada.CASouAQHI: Cote air santé, ou Air Quality Health Index en anglais. C’est une échelle conçue pour exprimer le risque pour la santé lié à la pollution de l’air.IQA: Indice de la qualité de l’air. Au Québec, c’est l’outil provincial utilisé pour informer le public sur l’état actuel de la qualité de l’air.GeoJSON: Format de données géographiques lisible par des applications cartographiques et des services web.XML: Format de données structuré souvent utilisé pour publier des informations de manière standardisée entre systèmes.CSV: Fichier tabulaire simple, souvent ouvert dans un tableur.Git: Système de suivi des versions d’un dépôt de documents ou de code. Il permet de voir quand une phrase a été ajoutée ou modifiée.MDDELCC: Ancien nom du ministère québécois responsable de l’environnement à l’époque de certaines références historiques citées par ECCC.MELCCFP: Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. C’est l’appellation actuelle.
Annexe technique
Cette annexe est là pour les personnes qui veulent vérifier elles-mêmes les éléments les plus techniques. Elle n’est pas nécessaire pour comprendre l’article principal.
Répertoires et pages publiques consultés
- Observation CAS du Québec: https://dd.weather.gc.ca/today/air_quality/aqhi/que/observation/
- Prévision CAS du Québec: https://dd.weather.gc.ca/today/air_quality/aqhi/que/forecast/
- Page publique ECCC pour Québec: https://weather.gc.ca/airquality/pages/qcaq-002_f.html
- Résumé provincial du Québec: https://www.weather.gc.ca/airquality/pages/provincial_summary/qc_f.html
- Liste GeoJSON des villes AQHI/CAS: https://collaboration.cmc.ec.gc.ca/cmc/cmos/public_doc/msc-data/aqhi/aqhi_station.geojson
Historique public de la mention officielle
- Commit public ECCC-MSC du 20 juin 2019: https://github.com/ECCC-MSC/open-data/commit/13f81a467c61e6555be819e938d6ab254da49b66
- Mise à jour technique vers l’arborescence
/today/le 7 août 2025: https://github.com/ECCC-MSC/open-data/commit/b11486a2d27761d0197eda9c9f4bf2964668e7b0
Vérifications techniques minimales
Exemple d’observation CAS publiée ailleurs au Canada:
curl -L https://dd.weather.gc.ca/today/air_quality/aqhi/pnr/observation/realtime/xml/AQ_OBS_IAKID_CURRENT.xml
Exemple de fichier d’observation CAS introuvable pour Québec:
curl -I https://dd.weather.gc.ca/today/air_quality/aqhi/que/observation/realtime/xml/AQ_OBS_EHTWR_CURRENT.xml
Exemple de fichier de prévision CAS disponible pour Québec:
curl -L https://dd.weather.gc.ca/today/air_quality/aqhi/que/forecast/realtime/xml/AQ_FCST_EHTWR_CURRENT.xml
Sources
- ECCC, documentation XML AQHI: https://eccc-msc.github.io/open-data/msc-data/aqhi/readme_aqhi-datamartxml_fr/
- ECCC, documentation CSV AQHI: https://eccc-msc.github.io/open-data/msc-data/aqhi/readme_aqhi-datamartcsv_fr/
- Gouvernement du Québec, prévention et qualité de l’air: https://www.quebec.ca/sante/conseils-et-prevention/sante-et-environnement/prevenir-les-effets-de-la-pollution-de-l-air-sur-la-sante
- Institut de la statistique du Québec, définition de l’IQA: https://statistique.quebec.ca/vitrine/developpement-durable/strategie-2023-2028/nature-et-sante/qualite-air
- Gouvernement du Canada, à propos de la Cote air santé: https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/cote-air-sante/a-propos.html
- Gouvernement du Canada, échelle et messages de la Cote air santé: https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/cote-air-sante/descriptions-messages.html
- RevolvAir.org, Particules fines : à quand des normes plus strictes pour protéger la population québécoise?: https://revolvair.org/particules-fines-a-quand-des-normes-plus-strictes-pour-proteger-la-population-quebecoise/
- RevolvAir.org, Critique de l’échelle d’indice de qualité de l’air du Québec – Pourquoi “Acceptable” n’est pas approprié pour décrire la qualité de l’air: https://revolvair.org/indice-de-qualite-de-lair-du-quebec-pourquoi-acceptable-nest-pas-approprie/