Depuis plusieurs jours, des cartes de prévision d’Environnement Canada indiquent des niveaux élevés de dioxyde d’azote, abrégé NO2, au dessus de la grande région de Québec. Pourtant, le Réseau de surveillance de la qualité de l’air du Québec, le RSQAQ, ne mesure pas ce polluant dans aucune de ses stations de la Capitale nationale au moment où ces lignes sont écrites.
Ce décalage entre ce que suggère la modélisation nationale et ce que capte réellement le réseau provincial soulève une question importante pour la santé publique. Peut on vraiment évaluer l’indice de qualité de l’air à Québec sans suivre le NO2, surtout en période de pointe liée au trafic, au chauffage et aux épisodes de smog hivernal?
Cet article explique ce qu’est le NO2, montre l’absence de ce polluant dans les stations locales, et clarifie ce que signifient les prévisions d’Environnement Canada pour les 72 prochaines heures.
NO2, c’est quoi
Le dioxyde d’azote est un gaz polluant produit principalement par la combustion. Il fait partie de la famille des oxydes d’azote, souvent regroupés sous le terme NOx.
Principales sources à Québec
À l’échelle urbaine, le NO2 provient surtout de trois activités humaines.
Premièrement, le transport routier. Les moteurs à essence et surtout les moteurs diesel émettent du NO2, particulièrement lors des démarrages à froid, dans les embouteillages et sur les axes rapides comme Henri IV, Charest ou l’autoroute Félix Leclerc.
Deuxièmement, le chauffage résidentiel et institutionnel. Les systèmes au mazout, au gaz naturel ou au propane rejettent du NO2, ce qui peut augmenter les concentrations en hiver lorsque la dispersion atmosphérique est plus faible.
Troisièmement, certaines activités industrielles et portuaires, notamment autour du port de Québec et dans les zones commerciales et logistiques de Lévis.
Pourquoi le NO2 est problématique
Le NO2 irrite les voies respiratoires. Il est associé à une aggravation de l’asthme, à une diminution de la fonction pulmonaire et à une sensibilité accrue aux infections respiratoires.
Il joue aussi un rôle clé dans la formation de smog et d’ozone troposphérique. Autrement dit, même s’il n’est pas toujours le polluant le plus visible, il contribue à plusieurs autres problèmes de qualité de l’air.
NO2 absent du réseau de surveillance du Québec à Québec
Malgré son importance pour la santé publique, le NO2 n’est pas mesuré dans les stations du RSQAQ de la région de Québec. Cela signifie qu’il est impossible de suivre en temps réel l’exposition locale à ce polluant, même dans des secteurs très urbanisés.
Voici les principales stations concernées.
École Les Primevères
Située près d’un important axe routier, cette station capte bien certains polluants comme les particules fines, mais reste muette sur le NO2. C’est précisément le type de secteur où cette donnée serait cruciale.

Henri IV
Ce site est entouré d’infrastructures routières majeures. L’absence de mesure de NO2 empêche d’évaluer l’impact réel du trafic sur la qualité de l’air à proximité.

Charlesbourg
Zone résidentielle dense, où les émissions de chauffage et de transport se combinent. Sans données de NO2, on manque une partie du portrait sanitaire.

Vieux-Limoilou
Quartier proche du port et de zones industrielles. Le NO2 y est potentiellement significatif, mais non documenté par le réseau provincial.

Collège St-Charles-Garnier
Secteur mixte résidentiel et commercial, où la proximité des routes pourrait influencer les concentrations locales de NO2.

Lévis
Ville en forte croissance, avec de plus en plus de circulation automobile et de développement. Là encore, aucune mesure officielle du NO2 par le RSQAQ.

En résumé, dans toute la région métropolitaine de Québec, il n’existe actuellement aucune station provinciale mesurant directement le NO2. Cela crée un trou de données précisément là où les risques sont réels.
Ce que disent les données d’Environnement Canada
Les cartes que l’on consulte souvent proviennent du modèle RAQDPS d’Environnement Canada, couche RAQDPS.SFC_NO2. Il ne s’agit pas de données de capteurs au sol ni d’images satellites brutes, mais bien d’une prévision numérique de qualité de l’air.

Explications
La donnée NO2 affichée sur la carte provient du modèle de prévision atmosphérique RAQDPS du Service météorologique du Canada. C’est une concentration modélisée, calculée à partir de la chimie de l’atmosphère, des conditions météorologiques et des émissions polluantes, incluant celles liées aux feux de forêt. Le modèle fonctionne sur une grille d’environ 10 kilomètres par 10 kilomètres.
Ce n’est donc pas une mesure directe prise au sol, et ce n’est pas non plus une simple lecture satellite du NO2. C’est une estimation scientifique basée sur plusieurs sources de données.
Fiabilité de ces prévisions
Ces cartes sont très utiles pour comprendre les tendances régionales. Elles montrent bien où se déplacent les panaches de pollution et où se situent les grandes zones problématiques.
En revanche, elles sont moins fiables à l’échelle d’une rue, d’un quartier ou juste à côté d’une autoroute ou d’une cheminée industrielle.
Idéalement, ces prévisions devraient être combinées avec des mesures locales au sol pour guider les décisions de santé publique. Or, à Québec, cette pièce du puzzle manque pour le NO2.
Ce qu’il faut retenir sur les prévisions d’Environnement Canada
Ces données sont scientifiquement valides, mais ce sont des prévisions avec une marge d’incertitude. Elles ne remplacent pas des capteurs locaux. Elles signalent toutefois un risque plausible qui mérite attention.
Des prévisions inquiétantes pour les 72 prochaines heures
Selon les dernières cartes de prévision, la région de Québec pourrait connaître des niveaux élevés de NO2 dans les trois prochains jours.
Cette situation peut s’expliquer par plusieurs facteurs combinés, temps froid, stagnation de l’air, circulation automobile accrue et émissions industrielles ou portuaires.
Sans capteurs locaux, il est impossible de savoir si certaines zones comme Limoilou, Henri IV ou Lévis dépasseront des seuils préoccupants. On navigue donc partiellement à l’aveugle.
Conclusion, pourquoi cela doit nous préoccuper?
Même si les données d’Environnement Canada proviennent d’un modèle et comportent une incertitude, elles indiquent clairement une période potentiellement critique pour le NO2 à Québec.
Or, le Québec ne mesure pas ce polluant dans sa capitale, ce qui affaiblit la capacité du RSQAQ à produire un indice de qualité de l’air complet et représentatif.
Dans un contexte où la santé respiratoire, les feux de forêt et la pollution urbaine sont des enjeux majeurs, il est difficile de justifier l’absence du NO2 dans le réseau de surveillance local.
Intégrer ce polluant aux stations de Québec ne serait pas un luxe scientifique,
G. Simard
mais une nécessité de santé publique.