Arsenic dans l’air, l’eau et le sol : comprendre les rejets de la Fonderie Horne
À Rouyn-Noranda, les rejets d’arsenic de la Fonderie Horne demeurent un enjeu important de santé publique, de qualité de l’air et de transparence environnementale. Les données de l’Inventaire national des rejets de polluants (INRP) permettent de suivre les quantités d’arsenic déclarées par l’installation et de distinguer les rejets dans l’air, dans l’eau et dans le sol.
De 2016 à 2025, les rejets totaux d’arsenic déclarés par la Fonderie Horne ont fortement fluctué. Après un sommet de 36,54 tonnes en 2021, ils ont diminué jusqu’à 11,56 tonnes en 2023, avant de remonter à 14,16 tonnes en 2024. Les données préliminaires de 2025 indiquent une nouvelle hausse, à 19,98 tonnes.
À retenir : dans le fichier de données utilisé, les rejets d’arsenic déclarés pour 2016 à 2025 sont presque entièrement associés à l’air. Sur cette période, environ 99,5 % de la masse totale déclarée provient des rejets atmosphériques, environ 0,5 % des rejets dans l’eau, et aucun rejet au sol n’est déclaré dans la colonne correspondante. Cette distinction est essentielle : les tonnes rejetées par une installation ne sont pas la même chose que les concentrations respirées par la population.
Rejets d’arsenic : air, eau, sol et total déclaré
L’INRP distingue les milieux de rejet. Un même contaminant peut être déclaré comme rejeté dans l’air, dans l’eau ou dans le sol. Le rejet total correspond à la somme des milieux déclarés pour l’année. Dans les données utilisées ici, la colonne Rejets – Sol est vide pour l’arsenic de 2016 à 2025. Le total présenté correspond donc à la somme des rejets dans l’air et dans l’eau.
| Année | Air | Eau | Sol | Total calculé |
|---|---|---|---|---|
| 2016 | 21,78 t | 0,087 t | Non déclaré | 21,87 t |
| 2017 | 14,63 t | 0,078 t | Non déclaré | 14,71 t |
| 2018 | 22,46 t | 0,095 t | Non déclaré | 22,55 t |
| 2019 | 11,56 t | 0,129 t | Non déclaré | 11,69 t |
| 2020 | 14,03 t | 0,064 t | Non déclaré | 14,09 t |
| 2021 | 36,48 t | 0,060 t | Non déclaré | 36,54 t |
| 2022 | 15,16 t | 0,103 t | Non déclaré | 15,27 t |
| 2023 | 11,46 t | 0,098 t | Non déclaré | 11,56 t |
| 2024 | 14,09 t | 0,072 t | Non déclaré | 14,16 t |
| 2025* | 19,90 t | 0,080 t | Non déclaré | 19,98 t |
Sur l’ensemble de la période 2016-2025, la Fonderie Horne a déclaré environ 182,42 tonnes de rejets totaux d’arsenic : 181,55 tonnes dans l’air, 0,87 tonne dans l’eau et aucun rejet au sol déclaré dans la colonne correspondante. La composante atmosphérique représente donc l’essentiel des rejets déclarés.
Pourquoi distinguer l’air, l’eau et le sol?
La distinction entre les milieux est importante, parce que les voies d’exposition ne sont pas les mêmes. Les rejets dans l’air peuvent contribuer à l’exposition par inhalation et aux dépôts de particules. Les rejets dans l’eau concernent le milieu aquatique et les usages liés à l’eau. Les rejets dans le sol, lorsqu’ils sont déclarés, peuvent soulever des enjeux de contamination locale, de poussières et de contact avec les sols. Une même quantité en tonnes ne représente donc pas le même risque selon le milieu, la distance, la forme chimique, la dispersion et la durée d’exposition.
Évolution des rejets d’arsenic de la Fonderie Horne de 2016 à 2025
La série montre une évolution irrégulière, plutôt qu’une diminution continue. Les rejets ont baissé entre 2016 et 2017, augmenté en 2018, puis diminué en 2019. Après une légère remontée en 2020, l’année 2021 se démarque avec un sommet de 36,54 tonnes. Une forte baisse est ensuite observée en 2022 et en 2023.
Entre 2023 et 2024, les rejets totaux ont augmenté de 22,5 %. Selon les données préliminaires, la hausse entre 2024 et 2025 serait de 41,1 %. Le niveau de 2025 demeurerait néanmoins environ 45,3 % inférieur au sommet de 2021.


Rejets dans l’air et concentrations respirées : deux mesures différentes
Les données de l’INRP répondent à une question précise : quelle quantité une installation a-t-elle déclaré avoir rejetée pendant une année? Ces quantités sont exprimées en kilogrammes ou en tonnes. Elles ne permettent pas, à elles seules, de déterminer la concentration d’arsenic respirée par les résidents.
Les concentrations dans l’air ambiant sont plutôt exprimées en nanogrammes par mètre cube, ou ng/m³. Elles varient selon les conditions météorologiques, la distance de la source, la hauteur des cheminées, les émissions fugitives, la topographie, la taille des particules et les mesures de contrôle en place. Une analyse complète doit donc combiner les données de rejets industriels, les stations de mesure de l’air, les modèles de dispersion et les données de santé publique.
Effet du vent sur la dispersion des polluants

Les analyses de vent réalisées à partir des données horaires d’Environnement et Changement climatique Canada montrent que l’air autour de la Fonderie Horne ne se déplace pas au hasard. Certaines directions reviennent plus souvent que d’autres selon les saisons et les années. Les roses des vents indiquent d’où vient le vent, tandis que les cartes de direction potentielle du panache montrent plutôt vers où l’air se déplace.
Ces résultats sont utiles pour mieux comprendre la circulation de l’air autour du site, mais ils ne doivent pas être interprétés comme une mesure directe de l’exposition de la population. Une rose des vents ou une carte de panache potentiel ne dit pas, à elle seule, quelle concentration de polluants a été respirée ni quels effets sur la santé ont pu se produire.

Carte des rejets d’arsenic au Canada en 2024
Le tableau de bord Carte des rejets d’arsenic au Canada en 2024, développé par RevolvAir, offre une vue géographique pancanadienne des installations ayant déclaré des rejets d’arsenic dans les données de l’INRP. La taille des cercles est proportionnelle au nombre de tonnes déclarées : plus le cercle est grand, plus la quantité annuelle est élevée.
- 236 installations sont cartographiées;
- le total canadien représenté atteint environ 33,08 tonnes en 2024;
- la Fonderie Horne est la plus importante source cartographiée, avec 14,16 tonnes;
- elle représente environ 42,8 % du total canadien représenté sur la carte.
Cette carte montre des quantités annuelles déclarées. Elle ne représente pas directement la concentration respirée dans un quartier ni le niveau d’exposition d’une personne. Pour évaluer l’exposition réelle, il faut aussi consulter les mesures de qualité de l’air ambiant et tenir compte de la distance, des vents, de la dispersion atmosphérique, de la taille des particules et de la durée d’exposition.
Quels sont les dangers de l’arsenic pour la santé?
L’arsenic est un élément naturellement présent dans la croûte terrestre. Les activités minières, la fusion des métaux et certains procédés industriels peuvent toutefois libérer de l’arsenic dans l’air, l’eau et les sols. Les formes inorganiques de l’arsenic sont les plus préoccupantes pour la santé humaine.
Effets associés à l’inhalation d’arsenic
- Une exposition de courte durée peut irriter les voies respiratoires.
- Les données toxicologiques soulèvent aussi des préoccupations concernant le développement du fœtus.
- L’inhalation prolongée d’arsenic est associée aux cancers respiratoires, particulièrement au cancer du poumon.
- L’arsenic et ses composés inorganiques sont reconnus comme cancérogènes pour l’être humain.

Santé Canada indique que l’inhalation à long terme d’arsenic peut causer des cancers respiratoires et pulmonaires. L’organisme a proposé en 2026 des objectifs de qualité de l’air fondés sur la santé de 200 ng/m³ sur une heure et d’une plage de 1 à 10 ng/m³ en moyenne annuelle. Il s’agit d’objectifs sanitaires proposés, et non automatiquement de normes réglementaires applicables à une installation précise.
Autres effets possibles d’une exposition prolongée
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, l’exposition prolongée à l’arsenic inorganique, notamment par l’eau ou les aliments contaminés, est associée à des lésions cutanées et à une augmentation du risque de cancers de la peau, de la vessie et du poumon. Des effets cardiovasculaires, neurologiques, métaboliques et sur le développement ont également été documentés.
Important : les effets dépendent de la forme chimique de l’arsenic, de la voie d’exposition, de la concentration, de la durée d’exposition et de la vulnérabilité de chaque personne. Les effets associés à l’ingestion ne doivent pas être automatiquement transposés à une exposition par inhalation.
Les 2 500 tonnes « enfouies » ne sont pas des rejets dans l’air
Un article de La Presse publié en juillet 2022 rapportait que près de 2 500 tonnes d’arsenic avaient été éliminées sur le site de la Fonderie Horne en 2020 et 2021. Les données de l’INRP indiquent environ 1 395,65 tonnes d’éliminations sur place en 2020 et 1 087,04 tonnes en 2021, soit près de 2 482,69 tonnes au total.
Cette quantité ne doit pas être additionnée aux valeurs du graphique. L’INRP distingue les rejets dans l’air, l’eau ou le sol des éliminations sur place, qui peuvent notamment comprendre l’enfouissement, les résidus miniers ou la gestion des stériles. Les quelque 2 500 tonnes concernent donc une catégorie d’élimination sur place et non une émission directe de 2 500 tonnes dans l’atmosphère.
Comment interpréter les données de l’INRP?
L’INRP est l’inventaire public canadien des rejets, éliminations et transferts de polluants. Les installations déclarent elles-mêmes leurs données en utilisant différentes méthodes, notamment des mesures directes, des bilans de matières, des facteurs d’émission ou des estimations techniques.
Ces données sont essentielles pour suivre les tendances et comparer les installations, mais elles doivent être interprétées avec prudence. Une variation annuelle peut être liée à la production, à la composition des matières traitées, à un changement de procédé, à des travaux, à une méthode d’estimation différente ou à une correction de déclaration.
Les données de 1993 à 2024 sont révisées par l’INRP. Celles de 2025 sont encore préliminaires et peuvent être modifiées dans le cadre du processus de contrôle de la qualité.
FAQ sur l’arsenic, l’INRP et la Fonderie Horne
Les rejets d’arsenic déclarés sont-ils tous des rejets dans l’air?
Non. L’INRP distingue les rejets dans l’air, dans l’eau et dans le sol. Pour la période 2016-2025 étudiée ici, la très grande majorité des rejets d’arsenic déclarés par la Fonderie Horne sont des rejets dans l’air, avec une faible part dans l’eau et aucun rejet au sol déclaré dans la colonne correspondante.
Le total en tonnes correspond-il à la concentration respirée par les citoyens?
Non. Les tonnes déclarées indiquent la masse annuelle rejetée par l’installation. La concentration respirée dans un quartier dépend de la dispersion, des vents, de la distance, de la taille des particules, des conditions météorologiques et des mesures réelles de qualité de l’air.
Pourquoi l’année 2025 est-elle indiquée comme préliminaire?
Les données récentes de l’INRP peuvent être modifiées après le processus de contrôle de la qualité. Il est donc préférable de présenter 2025 comme une donnée préliminaire jusqu’à sa révision officielle.
Conclusion
Les données montrent que les rejets d’arsenic déclarés par la Fonderie Horne ont diminué après le sommet de 2021, mais qu’ils ont recommencé à augmenter en 2024 et, selon les données préliminaires, en 2025. La distinction entre air, eau et sol est centrale : pour 2016-2025, la quasi-totalité de la masse rejetée l’a été dans l’air, une faible part dans l’eau, et aucun rejet au sol n’est déclaré dans les données utilisées.
La publication régulière des rejets, des concentrations mesurées dans les quartiers, des dépassements et des méthodes de calcul demeure essentielle. Pour comprendre le risque réel pour la population, les tonnages annuels de l’INRP doivent être examinés avec les données de qualité de l’air, les modèles de dispersion atmosphérique et les évaluations de santé publique.
Sources et outils
- RevolvAir — Carte des rejets d’arsenic au Canada en 2024
- Inventaire national des rejets de polluants — Rapport de la Fonderie Horne, installation 3623
- RevolvAir Pollution — Fiche de la Fonderie Horne
- Environnement et Changement climatique Canada — Utilisation et interprétation des données de l’INRP
- Santé Canada — Objectifs de qualité de l’air fondés sur la santé proposés pour l’arsenic
- Organisation mondiale de la Santé — Arsenic
- La Presse — « 2500 tonnes d’arsenic “enfouies” depuis 2 ans »