À Rouyn-Noranda, les rejets d’arsenic de la Fonderie Horne demeurent un enjeu important de santé publique et de transparence environnementale. Les données de l’Inventaire national des rejets de polluants (INRP) permettent de suivre les quantités annuelles déclarées par l’installation.

De 2016 à 2025, les rejets totaux d’arsenic déclarés ont fortement fluctué. Après un sommet de 36,54 tonnes en 2021, ils ont diminué jusqu’à 11,56 tonnes en 2023, avant de remonter à 14,16 tonnes en 2024. Les données préliminaires de 2025 indiquent une nouvelle hausse, à 19,98 tonnes.

À retenir : le graphique présente les rejets totaux déclarés à l’INRP, soit ici la somme des rejets dans l’air et dans l’eau. De 2016 à 2025, environ 99,5 % de la masse totale déclarée a été rejetée dans l’air. Il est donc essentiel de distinguer les rejets industriels annuels, exprimés en tonnes, des concentrations mesurées dans l’air ambiant, exprimées en nanogrammes par mètre cube.

Évolution des rejets d’arsenic de 2016 à 2025

La série montre une évolution irrégulière, plutôt qu’une diminution continue. Les rejets ont baissé entre 2016 et 2017, augmenté en 2018, puis diminué en 2019. Après une légère remontée en 2020, l’année 2021 se démarque avec un sommet de 36,54 tonnes. Une forte baisse est ensuite observée en 2022 et en 2023.

Entre 2023 et 2024, les rejets totaux ont augmenté de 22,5 %. Selon les données préliminaires, la hausse entre 2024 et 2025 serait de 41,1 %. Le niveau de 2025 demeurerait néanmoins environ 45,3 % inférieur au sommet de 2021.

Rejets dans l’air, dans l’eau et total déclaré

AnnéeAirEauTotal
201621,78 t0,087 t21,87 t
201714,63 t0,078 t14,71 t
201822,46 t0,095 t22,55 t
201911,56 t0,129 t11,69 t
202014,03 t0,064 t14,09 t
202136,48 t0,060 t36,54 t
202215,16 t0,103 t15,27 t
202311,46 t0,098 t11,56 t
202414,09 t0,072 t14,16 t
2025*19,90 t0,080 t19,98 t
Valeurs arrondies. * Les données de 2025 sont préliminaires et peuvent être révisées par l’INRP.

Sur l’ensemble de la période 2016-2025, la Fonderie Horne a déclaré environ 182,42 tonnes de rejets totaux d’arsenic : 181,55 tonnes dans l’air et 0,87 tonne dans l’eau. La composante atmosphérique représente donc l’essentiel des rejets déclarés.

Carte des rejets d’arsenic au Canada en 2024

Le tableau de bord Carte des rejets d’arsenic au Canada en 2024, développé par RevolvAir, offre une vue géographique pancanadienne des installations ayant déclaré des rejets d’arsenic dans les données de l’INRP. La taille des cercles est proportionnelle au nombre de tonnes déclarées : plus le cercle est grand, plus la quantité annuelle est élevée.

  • 236 installations sont cartographiées;
  • le total canadien représenté atteint environ 33,08 tonnes en 2024;
  • la Fonderie Horne est la plus importante source cartographiée, avec 14,16 tonnes;
  • elle représente environ 42,8 % du total canadien représenté sur la carte.

Cette carte montre des quantités annuelles déclarées. Elle ne représente pas directement la concentration respirée dans un quartier ni le niveau d’exposition d’une personne. Pour évaluer l’exposition réelle, il faut aussi consulter les mesures de qualité de l’air ambiant et tenir compte de la distance, des vents, de la dispersion atmosphérique, de la taille des particules et de la durée d’exposition.

Quels sont les dangers de l’arsenic pour la santé?

L’arsenic est un élément naturellement présent dans la croûte terrestre. Les activités minières, la fusion des métaux et certains procédés industriels peuvent toutefois libérer de l’arsenic dans l’air, l’eau et les sols. Les formes inorganiques de l’arsenic sont les plus préoccupantes pour la santé humaine.

Effets associés à l’inhalation

  • Une exposition de courte durée peut irriter les voies respiratoires.
  • Les données toxicologiques soulèvent aussi des préoccupations concernant le développement du fœtus.
  • L’inhalation prolongée d’arsenic est associée aux cancers respiratoires, particulièrement au cancer du poumon.
  • L’arsenic et ses composés inorganiques sont reconnus comme cancérogènes pour l’être humain.

Santé Canada indique que l’inhalation à long terme d’arsenic peut causer des cancers respiratoires et pulmonaires. L’organisme a proposé en 2026 des objectifs de qualité de l’air fondés sur la santé de 200 ng/m³ sur une heure et d’une plage de 1 à 10 ng/m³ en moyenne annuelle. Il s’agit d’objectifs sanitaires proposés, et non automatiquement de normes réglementaires applicables à une installation précise.

Autres effets d’une exposition prolongée

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, l’exposition prolongée à l’arsenic inorganique, notamment par l’eau ou les aliments contaminés, est associée à des lésions cutanées et à une augmentation du risque de cancers de la peau, de la vessie et du poumon. Des effets cardiovasculaires, neurologiques, métaboliques et sur le développement ont également été documentés.

Important : les effets dépendent de la forme chimique de l’arsenic, de la voie d’exposition, de la concentration, de la durée d’exposition et de la vulnérabilité de chaque personne. Les effets associés à l’ingestion ne doivent pas être automatiquement transposés à une exposition par inhalation.

Rejets déclarés et concentration dans l’air : deux mesures différentes

Les données de l’INRP répondent à la question suivante : quelle quantité une installation a-t-elle déclaré avoir rejetée pendant une année? Elles ne permettent pas, à elles seules, de déterminer la concentration d’arsenic respirée par les résidents.

Les concentrations dans l’air ambiant sont généralement exprimées en nanogrammes par mètre cube, ou ng/m³. Elles varient selon les conditions météorologiques, la distance de la source, la hauteur des cheminées, les émissions fugitives, la topographie et les mesures de contrôle en place. Une analyse complète doit donc combiner les données de rejets industriels, les stations de mesure de l’air et les données de santé publique.

Les 2 500 tonnes « enfouies » ne sont pas des rejets dans l’air

Un article de La Presse publié en juillet 2022 rapportait que près de 2 500 tonnes d’arsenic avaient été éliminées sur le site de la Fonderie Horne en 2020 et 2021. Les données de l’INRP indiquent environ 1 395,65 tonnes d’éliminations sur place en 2020 et 1 087,04 tonnes en 2021, soit près de 2 482,69 tonnes au total.

Cette quantité ne doit pas être additionnée aux valeurs du graphique. L’INRP distingue :

  • les rejets dans l’air, l’eau ou le sol;
  • les éliminations sur place, qui peuvent notamment comprendre l’enfouissement, les résidus miniers ou la gestion des stériles;
  • les transferts et traitements hors site.

Les quelque 2 500 tonnes concernent donc une catégorie d’élimination sur place et non une émission directe de 2 500 tonnes dans l’atmosphère. Cette distinction est indispensable pour interpréter correctement les données environnementales.

Comment interpréter les données de l’INRP?

L’INRP est l’inventaire public canadien des rejets, éliminations et transferts de polluants. Les installations déclarent elles-mêmes leurs données en utilisant différentes méthodes, notamment des mesures directes, des bilans de matières, des facteurs d’émission ou des estimations techniques.

Ces données sont essentielles pour suivre les tendances et comparer les installations, mais elles doivent être interprétées avec prudence. Une variation annuelle peut être liée à la production, à la composition des matières traitées, à un changement de procédé, à des travaux, à une méthode d’estimation différente ou à une correction de déclaration.

Les données de 1993 à 2024 sont révisées par l’INRP. Celles de 2025 sont encore préliminaires et peuvent être modifiées dans le cadre du processus de contrôle de la qualité.

Conclusion

Les données montrent que les rejets d’arsenic déclarés par la Fonderie Horne ont diminué après le sommet de 2021, mais qu’ils ont recommencé à augmenter en 2024 et, selon les données préliminaires, en 2025. La quasi-totalité de la masse rejetée au cours des dix dernières années l’a été dans l’air.

La publication régulière des rejets, des concentrations mesurées dans les quartiers, des dépassements et des méthodes de calcul demeure essentielle. Pour comprendre le risque réel pour la population, les tonnages annuels de l’INRP doivent être examinés avec les données de qualité de l’air et les évaluations de santé publique.


Sources et outils

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